04/07/2026

En 2025, les CEO d'UBS, d'EFG International et de Julius Baer ont perçu des rémunérations variables allant jusqu'à 4,8 fois leur salaire de base, dépassant largement les plafonds recommandés par la Fondation Ethos. Une situation qui ravive les inquiétudes sur la gestion des risques dans le secteur bancaire suisse.

14.9 millions de francs pour le CEO d’UBS, 9.6 millions pour le CEO d’EFG International et même 23.1 millions pour le nouveau CEO de Julius Baer si l’on tient compte des 14.8 millions de francs qu’il a reçus pour compenser la rémunération « perdue » en quittant son précédent employeur (Goldman Sachs). En 2025 encore, les rémunérations des dirigeants des plus grandes banques cotées en Suisse, hors banques cantonales, ont atteint des niveaux records. Des niveaux qui dépassent largement les limites fixées par les lignes directrices de vote de la Fondation Ethos. 

Ainsi, le directeur d’EFG International a reçu une rémunération variable équivalente à 3.5 fois son salaire de base de 2 millions de francs. Si l’on considère la rémunération variable effectivement réalisée en 2025, soit celle qui prend en compte la valeur des actions distribuées trois ans plus tôt dans le cadre du plan de rémunération à long-terme et qui sont arrivées au terme de leur période de performance l’année dernière, alors sa rémunération variable totale s’élève à 9 millions de francs, soit 4.5 fois son salaire de base. Le CEO d’UBS, qui a repris les rênes de la banque en 2023 et dont le premier plan de rémunération variable à long terme n’est par conséquent pas encore arrivé à échéance, a pour sa part reçu une rémunération variable équivalente à 4.8 fois son salaire de base de 2.5 millions de francs en 2025. Quant au nouveau CEO de Julius Baer, sa rémunération variable (hors « replacement payment ») s’élève à 4.1 fois son salaire de base annualisé de 1.5 million de francs.

Pour rappel, les lignes directrices d’Ethos prévoient une limite maximale de trois fois le salaire de base pour les CEO et de deux fois pour les autres membres de la direction générale. « Ces plafonds ne sont pas choisis au hasard, souligne Vincent Kaufmann, directeur de la Fondation Ethos. Ils visent à éviter que le management ne prenne des risques excessifs voire inconsidérés, comme ce fut le cas lors de la crise financière de 2008 ou lors de l’effondrement récent de Credit Suisse. »

Un maximum de sept fois le salaire de base pour UBS

Dans son analyse détaillée réservée à ses clients, Ethos a comparé la rémunération du patron d'UBS à celle de 15 CEO de grandes sociétés financières européennes. Résultat : son salaire de base est supérieur de 150% à la médiane, et sa rémunération totale de 147% à la médiane. En outre, le débat politique actuel en Suisse portant sur les fonds propres d’UBS a probablement pesé sur la fixation de sa rémunération pour 2025, comme cela fut déjà le cas en 2024. Pour rappel le rapport de rémunération mentionne une limite de sept fois le salaire de base pour la rémunération variable des dirigeants.

Pour ce qui concerne Julius Baer, le principal souci cette année tient à l'ampleur du paiement de remplacement reçu par le nouveau CEO, d’autant que sur les 14.8 millions de francs reçus à ce titre, seuls 4.6 millions sont soumis à des objectifs de performance liés au cours de l’action. Pour ce qui concerne les 10.2 millions restants, le montant précis différé et soumis à une condition d'emploi continu et à une clause de récupération (« clawback ») n'est pas divulgué, ce qu'Ethos considère comme problématique au vu du montant très élevé.

Ethos critique également l'augmentation du plafond de la rémunération variable pour les membres de la direction générale de Julius Baer de quatre à six fois le salaire de base Dans le contexte actuel, en particulier après les pertes récentes liées à l'exposition Signa qui ont mis en évidence des lacunes dans la gestion des risques, augmenter le potentiel à la hausse de la rémunération variable semble mal aligné avec la nécessité de renforcer une culture du risque prudente.

Ethos recommande par conséquent aux actionnaires des trois banques de voter contre l’ensemble des points à l’ordre du jour liés aux rémunérations, à l’exception de la rémunération fixe des membres de la direction de Julius Baer. Cette position sera défendue lors des assemblées générales de Julius Baer (9 avril) et UBS (15 avril) tandis que celle d’EFG International a déjà eu lieu le 20 mars.

Encore loin des rémunérations des banquiers américains

Les trois dirigeants suisses figurent ainsi parmi les banquiers les mieux rémunérés d'Europe continentale. Il faut rappeler que depuis 2014 les bonus bancaires sont plafonnés à deux fois le salaire de base au sein de l’Union européenne, une mesure introduite après la crise financière pour réduire les prises de risque excessives. Si ce plafond est toujours en vigueur, cela n’a pas empêché UniCredit de rémunérer son CEO Andrea Orcel, qui fut un temps pressenti pour reprendre la direction d’UBS, à hauteur de 17.7 millions d’euros en 2025, avec un variable qui atteint son maximum de deux fois le salaire de base.

Reste que la différence est encore grande avec les Etats-Unis où les CEO des quatre plus grandes banques ont tous gagné plus de 40 millions de dollars en 2025. Le patron de JP Morgan a reçu 43 millions de dollars (+10% par rapport à 2024), le patron de Citi 42 millions de dollars (+22%), le patron de Morgan Stanley 45 millions (+32%) et celui de Goldman Sachs 47 millions de dollars (+21%).

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